Le Carex faux-lupulina

Pellerin carex

  • Nom commun (français): Carex faux-lupulina
  • Nom commun (anglais): False hop sedge
  • Nom latin : Carex lupuliformis

Le carex faux-lupulina est une espèce rare qui a perdu un grand nombre de populations et qui continue à subir d’importantes menaces. En raison de sa situation précaire, un programme de rétablissement a été mis sur pied en 2006 par une équipe de l’Institut de recherche en biologie végétale.

Qu’est-ce le Carex faux-lupulina?

Le carex faux-lupulina est une plante herbacée vivace de la famille des Cyperacées qui pousse en touffe et dont l’aspect s’apparente à celui des graminées. Il peut atteindre 50 à 130 cm de hauteur et possède, sur chaque individu, des fleurs femelles et des fleurs mâles. Au Canada, il fleurit généralement de juin à août et produit ses fruits de juillet à octobre. Le carex faux-lupulina tient son nom du fait qu’il ressemble à s’y méprendre au carex houblon (Carex lupulina), une espèce abondante au Canada et qui occupe sensiblement les mêmes habitats. La présence de protubérances saillantes sur les angles des akènes (fruits) du carex faux-lupulina est pratiquement la seule différence morphologique entre les deux espèces.

Où pousse le carex faux-lupulina?

Distribution

On trouve le carex faux-lupulina uniquement dans l’est de l’Amérique du Nord, depuis le Texas et la Floride, au sud, jusqu’aux extrémités sud de l’Ontario et du Québec. Avec seulement 10 populations connues au Canada, le carex faux lupulina est l’un des carex les plus rares au pays

Populations canadiennes

Des 11 populations québécoises déjà recensées dans le passé, seulement trois subsistent encore aujourd’hui, toutes situées dans un segment d’un peu plus de 10 km sur les rives de la rivière Richelieu. Jadis, on trouvait également le carex faux-lupulina à proximité du lac des Deux Montagnes et de la rivière des Outaouais. Les trois populations québécoises contiennent un nombre très restreint d’individus (entre 2 et 20). Au total, moins d’une trentaine de plants étaient connus dans tout le Québec en 2010!

En Ontario, sept des neuf populations connues sont toujours existantes. Elles sont toutes situées dans les comtés d’Elgin ou de Middlesex. Environ 200 plants ont été recensés en 2009 pour l’ensemble des populations ontariennes.

Habitat

À l’échelle de son aire de répartition, le carex faux-lupulina est toujours associé à divers milieux humides relativement dégagés et soumis à des inondations périodiques. Par comparaison, le carex houblon peut croître dans les sections plus ombragées des mêmes milieux.

Au Québec, le carex faux-lupulina se rencontre exclusivement dans les milieux humides riverains et généralement en bordure d’érablières argentées ou dans les ouvertures de celles-ci. En Ontario, il pousse principalement en bordure de petits étangs temporaires isolés au sein de marécages à érables rouges, à érables argentés ou à frênes.

Quel est le statut du carex faux-lupulina?

Le carex faux-lupulina est une espèce désignée menacée au Québec depuis 1998 et par le fait même il est protégé en vertu de la Loi sur les espèces menacées et vulnérables du Ministère du développement durable, de l’environnement et des parcs. En Ontario, il est désigné en voie de disparition depuis 2000 selon la Loi sur les espèces en voie de disparition du Ministère des Richesses Naturelles de l’Ontario.

Au niveau fédéral, le carex faux-lupulina a été désigné en voie de disparition en 2000 par le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC). Il est inscrit à la Liste des espèces en péril au Canada depuis 2003 et sa protection est depuis assurée, sur les terres fédérales, par la Loi sur les espèces en péril.

Pourquoi le carex faux-lupulina est-il en danger au Canada?

Il n’y a que très peu de populations de carex faux-lupulina et chacune n’est constituée que d’un très faible nombre d’individus. De plus, son habitat est soumis à d’importantes perturbations périodiques, telles que des inondations et des sécheresses. D’autre part, le carex faux-lupulina est sensible à la fermeture du couvert végétal ainsi qu’à la compétition, notamment par des espèces exotiques envahissantes comme l’alpiste roseau (Phalaris arundinacea) ou le nerprun cathartique (Rhamnus cathartica). La présence d’un puceron exotique semble aussi constituer une menace à plus ou moins long terme pour la survie de l’espèce. Finalement, la destruction de son habitat en faveur du développement urbain, industriel, résidentiel et agricole constitue également une menace.

Quelles mesures ont été prises afin de sauver le carex faux-lupulina?

Pellerin carex

Étant donné l’état critique de la situation du carex faux-lupulina, diverses mesures ont été prises afin de stopper son déclin et éviter l’extinction de cette espèce. Ainsi, un plan de conservation du carex faux-lupulina a été élaboré en 2006 par le Ministère du Développement Durable, de l’Environnement et des Parcs. En lien avec ce plan, un programme de rétablissement a été mis sur pied par une équipe de l’Institut de recherche en biologie végétale en collaboration avec le Jardin botanique de Montréal, le Biodôme de Montréal, Environnement Canada, le Ministère du Développement Durable de l’Environnement et des Parcs, le Ministère des Ressources Naturelles et de la Faune, WWF-Canada et Les Laboratoires Klorane via le Jour de la Terre.

Le programme est essentiellement réalisé au Québec et comporte six objectifs : 1) la recherche de nouvelles populations; 2) la surveillance des populations existantes; 3) la réintroduction et l’augmentation des effectifs; 4) la caractérisation de l’écologie et de la biologie de l’espèce; 5) la conservation ex situ; et 6) la sensibilisation du public.

1) Recherche de nouvelles populations

Depuis 2006, plusieurs kilomètres de rivage ont été explorés le long de la rivière des Outaouais, du Lac des Deux Montagnes, de la rivière Richelieu et de la rivière du sud, un affluent de la rivière Richelieu. Malheureusement, aucune nouvelle population n’a été trouvée. Toutefois, une dizaine de sites propices pour l’introduction ou la réintroduction de l’espèce ont été identifiés.

2) Surveillance des populations existantes

Tous les plants naturels connus sont identifiés de façon permanente à l’aide de tige métallique et d’un numéro d’identification unique. Les suivis sont réalisés une fois par année. Les caractéristiques physiques (hauteur, nombre de tiges, etc.) ainsi que les caractéristiques reproductrices (statut, nombre d’épis mâle et femelle, etc.) de chaque plant sont alors notés. Ces informations permettent de juger de l’état de santé des populations et de faire ressortir les tendances au sein des populations.

3) Réintroduction et augmentation des effectifs

Le petit nombre de populations et d’individus est la principale menace pour la survie à long terme de l’espèce. Pour contrer cette menace, 600 individus de carex faux-lupulina, produits dans les serres du Biodôme de Montréal, ont été introduits entre 2006 et 2009 sur les rives de la rivière Richelieu et dans le Parc national d’Oka. En 2010, un peu moins de 30% des transplants étaient toujours vivants et une proportion importante (37%) de ceux-ci démontrait un statut reproducteur.

4) Écologie et biologie

Afin de mieux connaître le carex faux-lupulina ainsi que l’habitat qui lui convient, plusieurs variables environnementales telles la luminosité, les fluctuations de la nappe phréatique et les concentrations en éléments nutritifs du substrat ont été récoltées au fil des ans. Les premières analyses laissent croire que les conditions du sol (contenu en éléments nutritifs, en matière organique, etc.) n’influencent ni la survie ni la croissance des plants de carex faux-lupulina. De plus, nous avons réalisé plusieurs recherches sur la viabilité et la germination des semences. Ainsi, nous avons observé que les taux de viabilité et de germination des semences du carex faux-lupulina étaient très élevés et donc que l’espèce n’était pas limitée par cet aspect de sa reproduction.

5) Conservation ex situ

Afin d’assurer la survie de l’espèce, des activités de conservation ex situ (hors de l’habitat naturel) s’ajoutent aux efforts déployés pour sa conservation in situ (en milieu naturel). Cet exercice assure l’approvisionnement en matériel biologique pour la production de nouveaux plants, mais constitue également une opportunité de recherche afin d’en connaître davantage sur l’espèce. Les spécimens conservés ex situ sont aussi utilisés à des fins de sensibilisation aux problématiques de conservation de l’espèce ainsi qu’à la diffusion d’information à son sujet.

Actuellement plus d’une centaine de plants de carex faux-lupulina sont conservés au Jardin Botanique de Montréal, où ils ont été intégrés aux collections extérieures existantes, notamment au Jardin aquatique et au Boisé des Frênes. D’autre part, plusieurs milliers de semences de l’espèce sont présentement conservées au sein de deux banques de graines mondiales, soit à la Banque de matériel phytogénétique de l’organisme Ressources Phytogénétique du Canada, ainsi qu’à la Millenium Seed Bank, du Royal Botanical Gardens de Kew, en Angleterre.

6) Sensibilisation

Plusieurs activités visant la sensibilisation de la population à la problématique de la conservation du carex faux-lupulina ont été réalisées depuis 2006. Par exemple, des affiches de vulgarisation sont actuellement exposées au Jardin botanique de Montréal (PDF) et au Parc national d’Oka (PDF). De plus, des articles de vulgarisation ont été publiés dans divers médias (Quatre-Temps, Le Devoir, etc.) et plusieurs conférences ont été données.

Références

Voir publications.

Pellerin oka

+ Centre sur la biodiversité